Mes Limbes created with Wix.com

Numéro 3

Quand Victoire a 6 mois, j'apprends que je suis enceinte. C'est un accident.

Le monde s'écroule pour moi, alors que pour Camille, c'est la plus belle chose au monde.

Déjà, je sors de 2 grossesses d'affilée, je suis épuisée autant physiquement que moralement. Je viens seulement de reprendre le sport, la danse, ma passion depuis toujours, et quelqu'un va déjà envahir mon corps.

Mais, je ne peux pas ne pas le garder c'est inenvisageable après tout ce qu'on a perdu.

Camille pense que c'est le destin mais moi j'ai juste peur, peur qu'il soit malade, qu'il meurt, que ce soit un garçon, peur de ne pas l'aimer, ou de trop l'aimer par rapport à Victoire et Lenny, je ne me sens pas capable de plus, et pourtant, après Victoire j'ai tout de suite su que j'aurais un autre enfant...

Tout se mélange et je me demande si je vais être capable d'assumer encore une fois l'angoisse d'une grossesse à risque avec tout ce que ça comporte.

J'ai dû mal à l'annoncer, même à ma famille et mes amies proches, j'ai peur d'être jugée je crois, j'imagine déjà les remarques "t'avais pas assez souffert", "t'avais victoire ça suffisait pour l'instant", "tu vas te remettre dans l'angoisse"...

Oui, je sais tout ça, mais peut être que la vie va encore décider d'un plan pour moi que je n'avais pas vraiment prévu.

Je recommence donc les examens avec le spécialiste et il me dit directement que c'est un garçon. C'est le choc, et en même temps, je m'en doutais.

Je suis décomposée, je sais que les maladies génétiques sont souvent récessives sur le sexe donc, pour moi, il va être malade c'est certain. La vie nous a donné une chance énorme avec Victoire mais je ne crois pas à une seconde. 

Les semaines passent et mon ventre s'arrondit malgré moi, je suis pessimiste, on me dit d'être positive pour lui, ce petit être qui n'a rien demandé, mais, c'est facile à dire, j'aimerais bien tous les voir à ma place... Je ne peux pas m'empêcher de pleurer, de penser à Lenny, d'avoir peur de souffrir encore ou de bousiller la vie de Victoire s'il est malade ou si lui aussi meurt, je ne pourrais pas supporter tout ça une deuxième fois.

Heureusement, il y a Victoire, elle m'aide à penser à autre chose, elle me comble tellement, j'ai peur pour elle, sa réaction, je ne veux pas qu'elle se sente délaissée ou moins aimée, elle est tellement précieuse à mes yeux.

Elle est mon monde, je suis le sien. 

C'est déjà compliqué pour elle de comprendre l'histoire de son grand frère mort alors lui expliquer qu'elle va avoir un petit frère et qu'il sera peut être malade...

Je l'appelle numéro 3 quand je parle de lui, je n'aime que Lenny comme prénom de garçon, ou plutôt j'essaie de me convaincre que rien ne sera à la hauteur.

Ma mère elle, l'aime déjà tellement, c'est son petit pois, avec Camille ils se projettent, ils veulent acheter plein de choses pour lui, mais moi j'ai tellement peur de me prendre à nouveau un immeuble en pleine tête.

Je vis encore plus mal cette grossesse que celle de Victoire, je ne sais pas si je veux de lui, j'essaie de me protéger, j'ai trop souffert, mais comment faire quand le coeur de l'angoisse grandit en soi.

Deux semaines avant mon accouchement, on déménage dans un autre "cocon", où chacun aura sa chambre. C'est le grand changement pour Victoire et moi parce que ça fait un an qu'elle dort dans notre chambre, on est tellement fusionnelles. 

J'ai plus peur qu'elle finalement, les premiers soirs j'attends derrière sa porte "au cas où".

C'est l'occasion de préparer un peu la chambre de numéro 3, j'ai peur, mais je sais que ne rien faire ne changera pas la peine que j'aurais si ça se passe mal.

On lui peint un petit mur bleu, on dispose le lit, l'armoire, la table à langer...

Je passe parfois des heures dans sa chambre à regarder tout ça en caressant ses petits doudous, à cogiter, réfléchir à la manière de l'accueillir, à "si ça se passe mal", et quelle place il va prendre dans mon coeur, dans notre famille...

A vrai dire, je me pose 1000 questions, et bien sûr elles n'ont aucune réponse tant qu'il n'est pas là.

Je passe par des grosses phases de déprime et surtout, plus la fin approche, je pleure, je crie, j'ai mal. Lenny me manque, souvent mes boyaux se tordent, malgré ma grossesse, malgré Victoire, malgré l'Amour de mon mari et pourtant autour de moi, tout le monde pense que tout ça fait que "ça va mieux".

Quand j'ai eu Victoire, j'ai tellement été heureuse que le monde autour suppose que c'est la seule pensée qui peut m'animer. La réalité est bien plus complexe, oui j'aime Victoire, mon mari, je sors, je danse, je ris, mais j'ai un trou béant au milieu de la poitrine, des traumatismes qui ne se referment pas et qui souvent, me poussent dans mes retranchements.

Sauf, que petit à petit, je cache, je souris, je mets des barrières, comme pour coller à l'image que l'entourage veut voir. Il y a donc deux Marion, celle qui s'amuse, qui profite pleinement de la vie, qui aime, qui sourit tout le temps, et il y a l'autre, celle qui a envie de hurler son chagrin à en crever. Tout ça avec un petit bébé qui se développe en moi.

Quelques jours avant mon déclenchement, je revois le spécialiste et je lui pose encore la même question : "est ce que vous pensez qu'il sera en bonne santé?", et bien sûr comme à chaque fois et en toute honnêteté, il me répond qu'il n'en est pas du tout certain vu que c'est une maladie inconnue.

Je suis donc toujours dans l'impasse. Ça fait déjà deux ans que j'attends une réponse, mais vraisemblablement, je vais devoir me faire à l'idée que Lenny est unique.

Je vais bientôt accoucher, il va vraiment falloir qu'on trouve un prénom à ce bébé.

Mon mari veut l'appeler Romeo, mais je ne suis pas fan... Moi, je cherche ce déclic qui me fera sentir que c'est ça, que lui aussi est unique.

Je cherche dans les autres pays, et je trouve Avery en américain pour fille. Je me dis pourquoi pas lui inventer un prénom, que lui aussi ait sa particularité, parce qu'après l'histoire de son frère et sa soeur qui s'appelle Victoire, s'il a un prénom commun il va sentir qu'il est différent.

Je choisis Avry. Pour moi, ça ressemble à Lenny mais au moins ça n'existe pas. 

Sauf que mon mari n'est pas convaincu et personne autour de moi d'ailleurs, mais depuis la mort de Lenny, je ne fais rien comme les autres, je fais ce dont moi j'ai vraiment envie, contrairement à la Marion d 'avant qui voulait toujours plaire à tout le monde et ne jamais déranger.

23 juin 2015, jour J, c'est toujours numéro 3, rien est décidé. 

Je choisis encore une fois la même salle, ça me sécurise, et je suis avec la même sage-femme que Lenny, l'émotion est au maximum.

J'angoisse à un point inimaginable. Mon mari dit que je n'ai jamais été aussi silencieuse, tout se passe dans ma tête.

Les derniers instants avant qu'il arrive ont été doux, le chant des sirènes passait à la radio, on a chanté tous les trois, mon mari, la sage-femme et moi pendant quelques minutes pour détendre les esprits.

Mon mari s'équipe, il souhaite tout faire avec le gynécologue, il veut que la première personne qu'il voit sur terre, ce soit lui, il l'a tellement attendu son garçon, il y met tous ses espoirs, depuis la mort de Lenny, je vois bien qu'il sombre petit à petit, qu'il se renferme, que je le perds lentement, il ne survivrait pas à un nouveau drame lui non plus.

Mon numéro 3 sort très vite, je n'ai quasiment pas besoin de pousser, comme pour les deux autres la mécanique est rodée et j'adore ça, si je pouvais juste accoucher je le ferais 100 fois.

Je trouve ça tellement beau que ce soit mon mari qui m'accouche, on partage un moment fort encore une fois lui et moi, qui restera gravé pour toujours.

Quand ils le sortent ensemble, le gynécologue reste sans voix et se met à pleurer, c'est incroyable c'est la copie conforme de Lenny, je n'arrive plus à respirer.

La sage-femme dit à mon mari qu'il faut vraiment lui donner un prénom, il me regarde pendant que le gynécologue essaye de sortir mon placenta coincé au fond de mes entrailles et il répond "il s'appelle Avry".

Quelques minutes avant de le rencontrer, je me demandais sincèrement quelle place il allait prendre, s'il allait en avoir une, je pensais tellement à Lenny. Mais la magie du coeur de maman opère toujours, il a fait +1 automatiquement, comme dans les jeux vidéos quand on gagne une vie.

Mais, Avry a dû mal à atterrir, tout comme moi, il ne respire pas correctement, il est gris, j'ai l'impression de revivre le même cauchemar.

La sage-femme doit l'aspirer, il suffoque.

Quand il reprend ses esprits, il se plaint, sans arrêt. Et ça continue les jours suivants.

Je sens que quelque chose ne va pas, même si je sais qu'il n'a pas la maladie de Lenny. On me prend pour une folle, celle dont l'enfant est mort et qui du coup, stresse pour rien. Je sais que j'ai raison, je le sens. Même ma famille ne me croit pas, ils pensent tous que c'est moi qui le stresse.

Je regarde ce bébé, que j'aime, mais qui me semble si étranger. Je n'ai pas les mêmes sensations qu'avec Victoire, je trouve la relation moins naturelle.

Et Victoire, elle me manque tellement, j'ai l'impression de l'abandonner, qu'elle va m'en vouloir, je n'arrive pas à profiter sans elle à mes côtés.

Quand enfin arrive le jour de sortir, c'est ma mère qui vient nous chercher avec Victoire, mais elle ne veut pas rester avec moi, elle pleure pour aller dans les bras de mamie, ça me déchire le coeur. Par contre, même si elle ne comprend pas tout à fait qui est cette petite chose qui bouge, elle câline son petit frère avec un instinct inné. Ça me remplit d'amour de les voir et en même temps ça me déchire le coeur qu'ils ne soient pas tous les trois.

Les jours passent et il a beaucoup de mal à manger, il vomit ses biberons, il s'étouffe. Mon pédiatre lui fait immédiatement faire un examen cardiaque car il entend quelque chose. On découvre qu'il a la valve du coeur complètement ouverte d'où les plaintes d'épuisement, et il trouve également un stridor, c'est une malformation larynx pharynx, qui provoque les étouffements et les fausses routes à chaque biberon.

Je suis soulagée de ne pas être folle, bizarrement ça ne m'inquiète pas, je crois que j'ai vécu tellement pire que je relativise, et je me dis qu'il a réellement quelque chose, ce n'est pas juste une psychose de ma part.

J'ai beaucoup de mal à créer une relation avec ce petit être, et pourtant, lui il veut constamment être contre moi, dans mes bras. Je l'aime de tout mon coeur, mais ce n'est pas pareil que les autres, moins évident, moins inné.

Parfois, on se regarde pendant des heures le soir, on essaye de s'apprivoiser. Je culpabilise beaucoup parce que Victoire et Lenny, eux, je les ai dans la peau.

Les mois défilent et j'accumule fatigue physique et morale sans jamais demander d'aide. J'ai honte, je pense que je dois tout assumer, je me dis que puisque j'ai la chance qu'Avry soit en bonne santé, je ne peux pas avouer mon mal être.

Un soir, je rentre de la danse, et j'avoue à mon mari que sur la route j'avais envie de me foutre en l'air, je l'ai réellement pensé, j'avais envie de mourir pour ne plus souffrir intérieurement à ce point. Il ne sait pas quoi me dire, je vois son désarroi.

Lui aussi est en souffrance, il n'a goût à rien, il se renferme toujours plus. On se demande comment on va faire pour continuer comme ça avec nos deux enfants qui sont là et qui ont besoin de nous.

Et puis, un jour, je pète une durite, le jour de mon anniversaire, Avry a 4 mois, on doit sortir pour faire quelque chose tous les 4 en famille, et pour une bêtise, je commence à hurler, taper dans les murs, jeter tout dans la pièce, j'ai besoin de me faire mal physiquement pour que la douleur morale sorte. Camille parvient à me maîtriser et me calmer en me serrant très fort contre lui. Quand je reprends mes esprits je regarde mes deux bébés, ils se mettent à pleurer, Victoire vient me serrer très fort, et je me rends compte du mal que je leur fais, ça me brise encore plus. Quelle vie je vais être capable de leur offrir...

Je ne suis pas vraiment heureuse, je suis triste, je me sens tellement morte, Lenny me manque, et ces moments qu'on passe à 4 je n'arrive pas du tout à les apprécier, je m'auto censure.

Je n'ai pas le DROIT d'être heureuse.

Je sais très bien faire semblant mais je n'ai pas le droit de sourire à l'intérieur, si je sens la lumière se rallumer, je la repousse.

Je commence à comprendre que faire illusion et se mentir à soi-même, va tous nous détruire. Il faut que je trouve de l'aide, je ne pense pas à moi, je pense à Victoire, Avry, ma mère, mes amies, qui pensent que je suis forte. J'ai du mal à gérer cette image de modèle qu'on me colle, ça me donne l'impression que je ne peux pas flancher, que je dois assurer tout le temps et avancer en continu.

Alors qu'à l'intérieur, j'étouffe.

Je rencontre Laetitia Lycke, j'avais déjà lu son livre "l'instinct de vivre", elle commence un groupe de parole pas loin de chez moi, j'y vois un signe et donc sans vraiment réfléchir, j'y vais. Elle me parle d'une thérapeute qui l'a beaucoup aidée avec l'hypnose, et moi qui était fermée à toute aide avant, je pense qu'il est temps. Je fais plusieurs séances et je comprends que, finalement, être confrontée au pire de sa réalité est bénéfique pour moi. Je n'avais jamais raconté le jour de la mort de Lenny avant, ni les autres moments douloureux, j'avais en poche comme un résumé "sympa" de l'histoire que je sortais à qui voulait bien l'entendre, toujours avec un grand sourire. Je disais que c'était une expérience incroyable, que si c'était à refaire je referais... Toutes ces conneries qu'on raconte pour ne pas affronter son drame... Mais c'est tellement dur de fendre l'armure qu'on s'est construite.

J'ai réussi à avouer la relation compliquée avec Avry, que c'était un garçon, qu'il ressemblait à Lenny, que lui vivait alors que son frère non, j'ai reconnu le pire. Je voulais être une maman parfaite mais c'est impossible. Je m'avoue tout, mais ce n'est que le début de ma réelle reconstruction.

Je dois vivre parce qu'ils sont là maintenant et qu'ils ont besoin de moi, je suis leur centre du monde, et moi je les aime plus que tout, mais je souffre tellement.

Je suis deux personnes, je suis entre deux mondes. J'ai peur pour eux, qu'ils ressentent ma grande peine, qu'ils me voient souffrir, qu'ils souffrent aussi. Mais comment faire? Je crois que je gère comme je peux avec ce que la vie m'a infligée. J'ai l'impression de toujours me débattre et ça m'épuise.

A partir d'un an, Avry commence à se rebeller, me frapper, hurler de toutes ses forces, jeter tout et n'importe quoi, il est sans cesse en colère, et surtout contre moi. C'est un enfant très émotif, fragile, je le sens, mais en même temps tellement difficile à gérer pour moi. Ça dure pendant environ un an, je n'en peux plus, ça n'aide pas dans notre relation déjà compliquée. Parfois, je ne le supporte plus.

Il ne veut pas du tout entendre parler de Lenny, de son histoire, il repousse les photos, il part en courant quand j'aborde le sujet, je vis très mal ce rejet car moi j'ai besoin de lui transmettre tout ça.

Puis un jour, j'en parle avec une psychologue que je rencontre par le biais de l'association dont je fais partie, et elle me dit de l'assoir, de tout lui dire, la vérité, même si moi j'ai l'impression qu'il n'écoute pas, il faut que je lui dise que je suis en colère contre lui parce qu'il ressemble à son frère, que ça me fait mal au coeur, que je suis triste que Lenny soit mort, que quand il est horrible avec moi, je ne le supporte plus mais que je l'aime très fort parce que lui aussi est mon bébé comme les deux autres, qu'il mérite sa place, il n'est pas Lenny, et que lui aussi a le droit d'être en colère contre moi car je ne suis pas une bonne maman pour lui, que je l'ai, d'une certaine manière rejeté, pas accueilli et accepter correctement, je ne lui ai pas donné sa chance, mais qu'à partir de ce moment, lui et moi on repart sur une bonne relation parce qu'on s'aime. J'ai eu l'impression qu'il ne comprenait pas mais le lendemain, il s'arrête sur la photo de Lenny dans le couloir, et il me dit : "Maman c'est Lenny là?". A partir de là, il m'a demandé de raconter toute l'histoire, de lui expliquer la maladie, le tuyau, la mort, de lui montrer les photos, il l'a expliqué à tout le monde, et surtout on a créé une vraie relation d'amour maternel tous les deux.

Victoire est entrée à l'école en septembre et, depuis, je découvre mon petit garçon, je l'apprécie, je l'aime à sa juste valeur, on commence à se connaître. Je ne dis pas que c'est parfait tous les jours, loin de là, mais on est honnêtes l'un envers l'autre, on sait s'aimer et se parler.

Finalement, j'ai compris que rien était acquis dans la vie. J'ai eu trois enfants, et à chaque fois c'est une histoire fondamentalement différente. Ce qui les relie c'est l'amour que je leur porte qui est infini, ils sont mes trésors. Ils m'ont apportée et m'apportent toujours, même Lenny qui n'est plus là, tout ce dont j'ai besoin pour avancer dans la vie, ce sont eux qui me donnent des leçons de vie.

J'ai compris que la vie était fragile, qu'il fallait la savourer, la croquer entièrement, jamais à moitié. Ne jamais attendre que le bonheur arrive, il faut le créer, le chercher, le vouloir de toutes ses forces. Parce que rien ne sera jamais parfait, le penser est une illusion et empêche d'être heureux finalement.

Il faut se souvenir chaque jour qu’il n’y a que la mort qui est irréversible. Il n’est pas nécessaire de s’inventer des problèmes et en faire une montagne alors qu’il y aura forcément toujours une solution. Je ne dis pas que les problèmes des autres ne sont pas importants mais simplement que moi, maintenant, j'apprécie chaque instant, au jour le jour car on ne sait pas de quoi demain sera fait. On est acteur de sa vie.

Souvent, je l'avoue, je me perds à imaginer ce que serait la vie avec Lenny, une vie de famille sans faille, sans démons, une vie rêvée mais qui n’arrivera jamais.

Et ce vide ne se comblera jamais, par aucun autre enfant, c'est pourquoi on a décidé d'arrêter là. On se sent complets dans notre incomplet.

Il faut aussi accepter ce qu'on a vécu, l'intégrer, accepter que des années plus tard on se réveille encore parfois en pleurs, de passer des journées enfermés chez soi parce qu'on a trop mal, accepter qu’il n’y ait pas de mal à aller mal.

Je sais c’est dégradant dans notre société d’être faible mais c’est nécessaire de craquer. Je me sens plus forte depuis que je suis honnête avec les autres et surtout avec moi-même. Etre forte pour moi, c'est réaliser mes projets, avancer, apprendre à vivre malgré la douleur.

Je pense que le deuil d'un enfant c'est le deuil de toute une vie, et que le travail que je fais sur moi ne s'arrêtera jamais, c'est loin d'être facile, malgré nos photos qui respirent le bonheur et nos sourires, parfois, ça me décourage, mais je trouve toujours la force en mes enfants, mon mari, ma famille, mes amis pour continuer d'essayer.

  • Black Facebook Icon
  • Black Instagram Icon