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Dommages collatéraux/ 2 : Le travail

Dernière mise à jour : 23 avr. 2018




Eh oui quand son enfant meurt malheureusement le temps autour ne s'arrête pas, il n'y a que notre temps à nous qui se fige.

J'avais effectivement un travail avant tout ça et mon mari aussi.

Il a prolongé son congé paternité en "dépression" pendant quelques semaines, mais un jour, il a fallu y retourner. J'ai donc décidé d'être solidaire et de reprendre moi aussi quasiment comme ci je revenais de congé maternité. Je ne me voyais pas tourner en rond et l'attendre sans but pendant que lui devait se confronter au monde.

On m'avait bien sûr proposé plusieurs fois de m'arrêter pendant beaucoup plus longtemps mais je savais que tôt ou tard j'aurais dû m'y replonger, et valait mieux tôt que tard...

Du côté de mon homme qui voulait être prof d'anglais, ça a été le grand changement. Il n'avait plus du tout envie de continuer ses études et il avait envie de changer d'horizon rapidement. Il était surveillant au lycée depuis des années en parallèle de ses études.

Il a décidé de tout arrêter et est devenu voiturier au casino, c'était un bon boulot de transition, le temps qu'il se retrouve ou plutôt qu'il se trouve. A l'arrivée du dernier, notre deuxième fils, là où moi j'ai sombré, lui s'est révélé. Il a décidé de devenir lieutenant de police. Il a révisé pendant un an tout seul tous les jours à la bibliothèque, et il a réussi. Je suis si fière de lui. Il s'est trouvé, je retrouve un homme fier, souriant, sociable, que j'avais perdu depuis quelques années. Il s'épanouit. Merci Lenny. Il dit souvent qu'il est son moteur, sans lui, rien de tout ça ne serait arrivé.

Pour ma part, mon patron m'a pris avec des pincettes, "que doit-on dire aux clients...?" et bien je pense la vérité non? pourquoi cette manie de toujours vouloir enjoliver ou changer la réalité, j'ai compris aujourd'hui seulement que ce n'était pas pour ME protéger mais pour préserver tous les autres autour, comment ne pas les offenser, les choquer, pourtant je n'étais pas contagieuse.

Bref. Après un mois, il m'a licenciée. Je suis tombée des nues. Donc, je n'avais plus d'enfant et plus de travail. Il n'a même pas eu l'honnêteté de me dire la vérité sur les raisons de mon licenciement. Mais, je savais bien qu'il avait tout simplement peur que je retombe enceinte. C'est sûr que si Lenny n'était pas mort j'aurais certainement attendu quelques temps avant d'avoir un autre enfant, mais vu la situation, bien sûr qu'il y avait de fortes chances pour que je retombe enceinte. Et c'est ce qui est arrivé, 15 jours plus tard j'apprenais que j'attendais Victoire. J'ai pu vivre une grossesse sans travail, quelle chance, c'était déjà tellement l'enfer et l'angoisse que finalement c'est ce qui pouvait m'arriver de mieux, ou de moins pire?...

Au jour d'aujourd'hui, je n'ai toujours pas de "travail", aux yeux du monde je ne suis qu'une pauvre mère endeuillée qui souffre dans son foyer sans but, "sans vie sociale". "Mais tu dois t'ennuyer..." "Quand est-ce que tu vas reprendre le travail?" "Ça te ferait du bien", et j'en passe. Mais non, je ne vais pas reprendre le travail, et je suis loin de m'ennuyer, j'ai deux enfants en bas âge qui ont un an d'écart, je fais du sport, j'ai des amies, une famille, une vie associative donc une vie sociale et surtout plein de projets. Je suis épanouie, mais apparamment dans ce monde on est quelque chose ou quelqu'un à travers ce qu'on fait et surtout notre position sociale. Tous ces gens qui me mettent la pression , ils ont presque failli réussir à me faire douter, à me faire dire "vite je dois trouver quelque chose qui me correspond", j'ai cherché, puis je me suis dit que j'avais le droit de faire ce qui me plait, de me laisser aller. Le principal c'est ce que j'en pense ainsi que mon mari.

Donc effectivement j'ai des projets, déjà m'occuper correctement de mes enfants, les aider à s'épanouir, écrire ce blog qui m'a pris énormément de temps et d'énergie, vivre mon deuil aussi ce qui n'est pas de tout repos, me donner à fond dans l'associatif, même si ça ne "rapporte pas" comme dirait mon père, danser, boxer, en fait profiter de ma famille, mes amies, me retrouver, faire ce j'ai envie et surtout ce que j'aime.


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