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Dommages collatéraux/ 4 : Les enfants vivants...

Dernière mise à jour : 23 avr. 2018
































Les enfants qui restent ou qui arrivent après la mort de leur frère ou soeur, deviennent des petits êtres particuliers, avec un émotionnel surdéveloppé.

Je vais parler des miens donc de ceux qui arrivent après, mais je pense que c'est le cas pour ceux qui étaient déjà là avant.

J'ai souvent de la peine pour Victoire et Avry, qu'ils aient à subir tout ça, notre douleur, nos crises de larmes, nos doutes. Ils vivent une vie différente, beaucoup moins insouciante que les autres.

J'ai tellement pleuré, crié, angoissé quand ils étaient dans mon ventre, j'ai eu peur de fabriquer des petits êtres tristes.


Concernant Victoire c'est une petite fille modèle, je dis souvent qu'elle a le syndrome de l'enfant parfait. Avant de rentrer à l'école, elle ne criait pas, ne jouait pas trop, comme pour ne pas déranger. Et par dessus tout, c'est une enfant qui peut être très triste, elle a des émotions d'adulte dans un petit corps et une petite tête, et tout ça a bien du mal à se mettre en place. Un jour, elle m'a demandée quand est ce que Lenny allait revenir, j'ai bien sûr répondu jamais, qu'il ne serait jamais avec nous, et les larmes lui sont montées directement. Je lui ai demandé si elle était triste que Lenny soit mort, elle m'a répondu que non, qu'elle était triste parce que papa et maman était tristes... Elle a souvent besoin de se sentir rassurée et aimée, elle a encore beaucoup de mal à ce que je la laisse.

Ils ont tous les deux un peu peur de la maladie, je dois souvent leur répéter qu'un rhume ne fait pas mourir, et en même temps, je suis honnête concernant la mort, je leur dis qu'on peut mourir n'importe quand pour plusieurs raisons, que pépé et mémé vont "bientôt" s'en aller, et que ce sera triste mais normal comparé à Lenny. Finalement, j'essaie de leur intégrer la mort dans une vie pleine de bonheur.

Il n'y a pas longtemps, son petit frère a eu une grosse crise de larmes, et Victoire est arrivée contrariée, en me disant "Maman, je crois qu'Avry a le coeur brisé comme toi".

Ca me fend le coeur qu'elle le sache, mais c'est la vérité, mon coeur est brisé et je leur dis tous les jours que grâce à eux je vis, qu'ils me donnent tout ce dont une maman a besoin, même si leur frère me manquera toujours.


Du côté d'Avry, ce n'est pas la même histoire, il n'était pas vraiment désiré, c'est un garçon, il ressemble comme deux gouttes d'eau à son frère, tout ça réunit a et est toujours compliqué à gérer pour moi, de moins en moins car je travaille sur moi-même mais personne n'est parfait. Je sais les erreurs que j'ai faite avec Avry, et c'est sûrement de ma faute s'il est si violent et en colère. Il m'en veut, me frappe, me crie dessus, et en même temps il peut faire des crises d'angoisse assez impressionnantes pour un enfant de 2 ans. Il a une fragilité, je le sens, j'essaie de le mettre en confiance, de l'aimer, de lui dire la vérité, pour qu'il se construise correctement. Je l'aime tellement, je sais que c'est lui la clé, Victoire est venue panser les blessures et lui est là pour les soigner plus en profondeur.


Malgré tout ça, ce sont deux enfants débordant de joie, on essaie de leur faire apprécier la valeur de chaque chose et de chaque jour.

Ils ont une histoire particulière, une famille particulière et c'est comme ça, on ne pourra jamais changer le passé. Je préfère tout leur dire, les emmener au cimetière et leur montrer les photos de Lenny plutôt que leur cacher leur propre histoire. Alors oui, c'est beaucoup pour des petits bouts mais notre vie n'est pas parfaite et nous non plus, on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.

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